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Pourquoi y a-t-il des cycles économiques et des récessions? – Partie 1 (Cent Papiers)

Mercredi 22 Septembre 2010 - Lu 8 fois
Catégories : Actus de l'emploi

Le blogue du QL: Questions monétairesS’il y a un phénomène économique qui attire énormément d’attention, c’est bien la récession. Ce ralentissement de l’activité économique engendre des pertes d’emplois, du chômage, des déficits budgétaires et des faillites. Ses effets sont parfois dévastateurs sur la qualité de vie de certains individus.

Les économistes parlent généralement de récession suite à ce que le produit intérieur brut (PIB) ait chuté durant deux trimestres consécutifs. Une fois la récession bien enclenchée, les économistes arrivent parfois à identifier certains des éléments qui l’ont déclenchée et arrivent à déterminer approximativement le moment où elle a débuté ainsi que le moment où elle s’est terminée. Cependant, ceux-ci sont incapables de prévoir les récessions et encore moins d’en identifier les causes fondamentales.

Comment se fait-il qu’un phénomène économique d’une telle importance soit si imprévisible et que ses causes soient inconnues ? Il y a une chose qu’on peut cependant observer : les récessions sont souvent précédées d’une bulle spéculative et/ou d’une crise financière.

Se pourrait-il que ce qui cause les bulles financières ait un lien direct avec les récessions et que leur cause fondamentale soit la même ? Tout à fait !

En fait, la récession est le pire moment de ce qu’on appelle le cycle économique. Lorsque l’économie atteint un sommet insoutenable, la crise éclate, l’activité économique se contracte et la récession se manifeste. Celle-ci est ensuite suivie d’une reprise économique qui initie une nouvelle ère d’expansion économique.

Mais pourquoi est-ce qu’il y a des cycles d’une telle amplitude ? Pourquoi est-ce que la croissance économique ne se fait-elle pas de manière constante ? Pour répondre à ces questions, nous devons d’abord comprendre comment un cycle économique se manifeste.

Le graphique suivant présente la variation du PIB réel américain de 1960 à 2010. Les zones grises sur le graphique représentent les périodes de récessions. On peut voir sur ce graphique que le taux de croissance du PIB est très volatil et varie beaucoup.

Comme les récessions sont identifiées par un manque de croissance économique, il incombe que nous commencions notre explication en identifiant ce qui cause la croissance économique.

Imaginons une économie dans laquelle il n’y a qu’une seule entreprise. Le PIB de cette économie ne serait en fait que la production de cette entreprise. Comment cette entreprise peut-elle faire pour augmenter sa production ?

La première façon consisterait à augmenter sa capacité de production. Par exemple, elle pourrait investir dans l’agrandissement de son usine, l’achat de machines additionnelles et l’embauche de nouveaux employés. La deuxième façon viserait à produire davantage avec le même capital, c’est-à-dire améliorer la productivité. Pour ce faire, elle devrait investir dans la formation de ses employés et dans ses systèmes de logistique et d’information. La troisième façon viserait aussi l’amélioration de la productivité, mais cette fois en investissant dans la recherche et le développement de nouvelles technologies plus efficaces.

Dans les trois cas, l’amélioration de la production passe par de l’investissement dans le capital productif. Pour que ces investissements soient possibles, l’entreprise doit les financer. Et pour que le financement soit disponible, il faut de l’épargne.

Ainsi, une augmentation de l’épargne procure davantage de capital aux entrepreneurs, ce qui leur permet d’investir dans leur capital productif et d’augmenter leur production. Cela résulte en une accélération de la croissance économique. Davantage de biens sont disponibles à la population, qui s’en trouve donc plus riche. La croissance économique est donc stimulée par une augmentation de l’épargne. La propension des gens à épargner dépend de leurs préférences temporelles, c’est-à-dire leur préférence quant à la consommation présente comparativement à la consommation future.

Pourrait-on alors dire que les cycles économiques sont causés par des changements dans le taux d’épargne et par conséquent dans les préférences temporelles des individus ? Dans une économie libre, ce serait le cas, mais l’économie n’est pas laissée libre. Nous allons voir pourquoi dans les sections suivantes.

Par la politique monétaire, les autorités à la tête de la banque centrale gèrent la croissance de la quantité de monnaie en circulation. Tel qu’expliqué dans mes articles antérieurs, l’augmentation de la masse monétaire fait monter les prix (l’inflation). Pour éviter que l’inflation ne devienne incontrôlable, les banques centrales visent généralement une cible d’inflation d’environ 2%. Ainsi, la banque centrale tente de maintenir un taux d’intérêt le plus bas possible tant que l’inflation est dans sa fourchette cible. Pour ce faire, la banque centrale influence les taux d’intérêt en créant de la monnaie à un rythme plus ou moins rapide.

Pourquoi la politique monétaire vise-t-elle un taux d’intérêt aussi bas que possible? C’est pour que son objectif secondaire soit atteint: la croissance économique. Quel est l’impact des taux d’intérêt sur la croissance économique? Pour faire baisser les taux d’intérêt, la banque centrale va créer plus de monnaie et l’injecter dans l’économie. Ce faisant, la banque centrale crée de « l’épargne artificielle », laquelle fait baisser les taux d’intérêt, tout comme l’épargne réelle d’ailleurs. C’est logique puisque plus il y a d’épargne, plus les banques ont d’argent à prêter, donc l’offre de crédit augmente, ce qui fait baisser le prix du crédit (le taux d’intérêt).

La banque centrale espère donc que cette épargne artificielle aura le même impact que l’épargne réelle décrite dans la section précédente; c’est-à-dire qu’elle stimulera l’investissement et la consommation et stimulera l’activité économique. Il y a cependant un grave problème avec cette hypothèse.

Les bas taux d’intérêt favorisent l’endettement. Les consommateurs vont alors s’endetter pour s’acheter une nouvelle résidence, des meubles, des voitures, des bateaux, etc. De leur côté, les entrepreneurs vont aussi s’endetter pour investir dans leur entreprise et augmenter leur capacité de production, ce qui semble justifié par l’augmentation de la demande finale. Finalement, certaines investisseurs vont s’endetter pour acheter des actifs tels que des actions, des obligations et des titres immobiliers, ce qui fera monter les prix de ces actifs à des niveaux très élevés; au point où on parlera parfois de « bulles spéculatives ».

Il est important de réaliser que, pour diverses raisons, certains secteurs de l’économie bénéficient davantage du boum économique. Par exemple, le dernier boum qui s’est terminé en 2007 a bénéficié à la construction résidentielle. Le précédent, terminé en 2000, avait bénéficié outre mesure aux entreprises reliées à l’internet et aux télécommunications. Devant l’augmentation significative de la demande actuelle et anticipée dans ces industries spécifiques, beaucoup d’investissements y sont faits et beaucoup d’emplois y sont créés.

Cependant, l’endettement ne peut continuer ad vitam aeternam. La dette n’est en fait qu’une façon de déplacer sa consommation du futur vers le présent. Tôt ou tard, cette dette doit être remboursée, et pour ce faire les emprunteurs devront réduire leur consommation. Ainsi, le signal envoyé par la baisse des taux d’intérêt est en quelque sorte mal interprété par les consommateurs et les entrepreneurs, lesquels modifient leurs préférences temporelles et devancent leur consommation et leurs investissements.

Il est important de comprendre que la croissance économique apparemment générée grâce à l’endettement n’est pas de la vraie croissance économique, ce n’est qu’un déplacement de la consommation future vers le présent ; une illusion. Les décisions économiques qui découlent de cette illusion ne peuvent donc qu’être, plus souvent qu’autrement, mauvaises.

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