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50 ans de mutations de l'emploi (Insee.fr)

Mercredi 29 Septembre 2010 - Lu 4 fois
Catégories : Actus de l'emploi

Au début des années 1960, la main-d’œuvre est très majoritairement masculine, plutôt ouvrière et peu qualifiée. Souvent, seul le chef de ménage exerce une activité hors du domicile. C’est le règne de la grande entreprise industrielle marquée par une organisation du travail de type fordiste ou taylorien, avec essentiellement des contrats de travail à durée indéterminée et à temps plein.

Aujourd’hui, l’emploi apparaît plus « éclaté », qu’il s’agisse des statuts et des situations d’activité entre l’emploi et le chômage, des durées et rythmes de travail, des modes de rémunération ou des unités productives. Au cours de ces cinquante dernières années, l’emploi s’est féminisé, tertiarisé et urbanisé, il est devenu plus qualifié mais aussi moins jeune. Les contraintes associées au travail ont progressivement changé de nature avec la montée des flexibilités : moins de fatigue physique mais davantage de stress au travail.

Les recensements de la population permettent de préciser certaines de ces grandes évolutions.

De l'ouvrier spécialisé à l'employée de service

Au recensement de 1962, le nombre de personnes occupant un emploi en France métropolitaine était de l’ordre de 19 millions, dont les deux tiers étaient des hommes. Quarante-cinq ans plus tard, en 2007, et toujours d’après le recensement de la population (encadré), il avoisine 26 millions et se partage presque à parts égales (53 % -  47 %) entre hommes et femmes (graphique 1). La forte montée de l’emploi féminin, essentiellement salarié, s’est engagée au milieu des années 1960.

Ce mouvement s’achève maintenant que les générations nées après 1945 ont totalement remplacé leurs aînées sur le marché du travail. C’est le résultat de l’élévation générale du niveau de formation de la population et de l’intérêt, ou de la nécessité, d’un double salaire à l’ère de la « consommation de masse » ; c’est également l’expression d’une forte demande des entreprises dans certains secteurs et sur certains métiers, qui fait appel à toutes les réserves potentielles de main-d’œuvre, notamment les femmes ; mais c’est aussi, et peut-être surtout, la marque que désormais les femmes se réalisent dans un emploi perçu comme nécessaire à leur reconnaissance sociale et à leur autonomie personnelle.

La féminisation de l’emploi va de pair avec un bouleversement de la structure sociale. Ainsi, plus de quatre ouvriers sur cinq sont des hommes, tandis que près de quatre employés sur cinq sont des femmes. Les premiers ont peu à peu laissé la place aux secondes alors que, pendant plus d’un siècle, l’ouvrier a été la grande figure de notre société. C’est après la Seconde guerre mondiale que le nombre d’ouvriers croît le plus vite : en 1962, ils sont 7,4 millions (dont 0,8 million d’ouvriers agricoles), soit 39 % de la population en emploi (graphique 2). Aujourd’hui, on ne recense guère plus de 6 millions d’ouvriers, soit moins d’un emploi sur quatre. Conséquence du recul de l’industrie, le nombre et surtout la part des ouvriers ont fortement diminué depuis une bonne trentaine d’années. C’est la composante la moins qualifiée de cette main-d’œuvre qui a été la plus touchée, du moins jusqu’au milieu des années 1990 : les mesures d’allègement des charges sociales pour les bas salaires alors prises, ainsi que le développement du travail à temps partiel ont favorisé l’emploi non qualifié, employé ou ouvrier.

En revanche, depuis le début des années soixante, les professions salariées non ouvrières ont progressé de façon continue. La part des employés s’accroît de dix points (18,3 % en 1962, 28,4 % en 2007), même si elle semble plafonner depuis le tournant des années 2000. Le poids des professions intermédiaires progresse de près de 14 points (de 11,1 % à 24,8 %) et celui des cadres de plus de 11 points (de 4,7 % à 15,8 %). Principales explications à ce développement des compétences : la montée en puissance des nouvelles technologies de l’information et de la communication, le souci d’une gestion plus rationnelle des ressources humaines, le renforcement des fonctions commerciales ou technico-commerciales dans l’entreprise et l’investissement de notre société dans l’éducation, la santé et l’action sociale, ainsi que dans la recherche.

Les femmes accèdent, beaucoup plus souvent qu’auparavant, à des postes d’encadrement. Mais par ailleurs, elles occupent fréquemment des emplois faiblement qualifiés dans les secteurs des services. Le développement de ces emplois de service, souvent assurés autrefois dans la sphère domestique, a d’ailleurs été une condition de l’accès des femmes aux postes les plus qualifiés, en élargissant les possibilités de garde d’enfants, de prise de repas à l’extérieur du domicile... Alors que les inégalités entre sexes régressent très progressivement, se sont ainsi ajoutées de nouvelles formes d’inégalités entre les femmes elles-mêmes : d’un côté, les femmes bénéficiant d’une carrière intéressante et bien rémunérée, pouvant concilier le modèle masculin de réussite professionnelle avec la vie de famille et les contraintes domestiques, de l’autre celles qui connaissent la précarité de l’emploi, le temps partiel contraint, les bas salaires et qui ne peuvent se faire aider dans la sphère domestique.

Élévation du niveau de formation, vieillissement progressif de la main-d??uvre

L’amélioration de la qualification moyenne des emplois occupés a été étroitement liée à l’élévation du niveau général de formation de la population. La proportion de personnes en emploi ayant un diplôme de niveau supérieur ou égal au bac est passée de 8,5 % à 51 % entre 1962 et 2007 (graphique 3), avec un net avantage aux femmes. Depuis les années 1960, des générations d’actifs âgés et peu formés ont été remplacées par des plus jeunes, beaucoup plus diplômés. En revanche, sur cette période, le système de formation continue n’a pas joué pleinement son rôle, notamment en direction des travailleurs âgés ou peu qualifiés : contrairement à d’autres pays, l’essentiel de la formation est acquis en France à la sortie du système éducatif. L’ampleur de l’investissement éducatif a néanmoins permis de combler en partie le retard qui était le nôtre au milieu du siècle dernier par rapport à d’autres pays développés.

Avec cette prolongation de la scolarité, la part des jeunes dans l’emploi a fortement diminué : au début des années soixante, les moins de 30 ans représentaient plus du quart de l’emploi, aujourd’hui moins d’un cinquième (graphique 4). De même, à l’autre extrémité de la vie active, les salariés âgés ont été de plus en plus souvent incités à quitter le marché du travail avant l’âge normal de la retraite, ce qui a entraîné une chute de la part des plus de 50 ans dans l’emploi entre 1962 et les années 1990. De façon beaucoup plus marquée que dans les autres pays développés, la vie active s’est concentrée sur les âges intermédiaires. Toutefois, depuis une dizaine d’années, le poids des seniors dans l’emploi augmente, davantage pour des raisons démographiques (ils sont désormais plus nombreux) qu’en raison d’une hausse de leur taux d’activité. Autre signe du vieillissement en cours de la population en emploi : la tranche intermédiaire des 30-50 ans fait apparaître un glissement des âges jeunes vers les âges élevés. Alors que le partage entre les 30-39 ans et les 40-49 ans était de 58 % - 42 % en 1982, il est aujourd’hui de 49 % - 51 %.

Le passage d’une France rurale et paysanne à une société post-industrielle s’est déroulé sur près de deux siècles. Aujourd’hui, la prédominance du tertiaire est nette : il regroupe plus des trois quarts des emplois, l’industrie avec le bâtiment moins de 22 % et l’agriculture 3 % (graphique 5). Une partie du transfert de l’industrie vers les services résulte toutefois de l’externalisation de fonctions tertiaires précédemment assurées au sein d’entreprises industrielles. La séparation entre tertiaire concurrentiel (ou marchand) et tertiaire public (ou non marchand) reste fondamentale. Et, au sein du « privé », il existe des différences importantes entre des secteurs où la mobilité est intense (commerces, services aux particuliers ou aux entreprises…) et des secteurs où l’ancienneté moyenne des personnels est beaucoup plus élevée (grandes entreprises nationales, banques, assurances…).

La multiplication des statuts

C’est le rapport salarial lui-même qui se trouve modifié par ces bouleversements de l’offre et de la demande de travail. La première différence, essentielle, entre les années 1960 et les années 2000, c’est la forte poussée du chômage d’une période à l’autre : moins de 2 % de la population active au début des années soixante, environ 10 % aujourd’hui. Entre la génération du baby-boom, entrée sans difficulté aucune sur le marché du travail tant elle était attendue, et les générations suivantes qui ont connu et connaissent encore de grandes difficultés pour accéder à l’emploi stable, le contraste est important.

Pourtant, du strict point de vue du statut d’emploi, le mouvement est apparemment d’une grande continuité tout au long du siècle dernier : jusqu’aux années 1930, la montée du salariat concerne surtout les actifs non agricoles. Après la Seconde guerre mondiale, se produit une véritable mutation avec la quasi-disparition de la paysannerie et le déclin des indépendants, artisans et petits commerçants. C’est l’émergence des catégories salariées non ouvrières qui explique la progression beaucoup plus rapide qu’auparavant du taux de salariat : 56 % au début du XXesiècle, 72 % en 1962, près de 90 % aujourd’hui (graphique 6).

La France est donc entrée, avec retard par rapport aux pays industriels les plus avancés, dans le schéma de salarisation accentuée des sociétés post-industrielles. Mais aujourd’hui, l’emploi indépendant résiste dans certains secteurs comme ceux des services marchands ou du bâtiment. La salarisation complète de la force de travail, encore envisagée il y a une vingtaine d’années, n’aura vraisemblablement pas lieu. Le regain récent des indépendants est dans un certain nombre de cas un signe d’adaptation à la crise, le travail non salarié pouvant être, pour des salariés menacés, la seule solution pour échapper au chômage. Mais ce regain est en même temps susceptible de jouer un rôle important dans la création d’emplois : par exemple lorsque certaines grandes entreprises ont réduit leurs effectifs pour se recentrer sur leur métier de base et externaliser leurs activités périphériques en recourant à la sous-traitance.

La moindre étanchéité entre travail salarié et activité indépendante est révélatrice de la transformation de la société salariale. Celle-ci tient tout à la fois au développement de nouvelles modalités du travail indépendant ou d’exercice de la sous-traitance et à l’émergence de formes d’emploi salarié moins stables et moins pérennes. La multiplication des statuts, le développement de la précarité et du chômage tendent à fragiliser une partie du monde salarial. Dans le même temps, les emplois temporaires (CDD, missions d’intérim…) prennent de plus en plus d’importance dans le secteur privé ou semi-public. En parallèle, certaines mesures de politique d’emploi qui favorisent l’insertion ou la réinsertion [...]

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